Méditation avec Le Traité du Saint-Esprit de Mgr J.Joseph Gaume : 8 octobre 2026
CHAPITRE XXXV.
(SUITE DU PRÉCÉDENT).
8° Quels sont les rapports des béatitudes avec les dons du Saint-Esprit ? Nous l’avons indiqué : ces rapports sont les mêmes que ceux qui existent entre l’effet et la cause, entre le fruit et l’arbre qui le porte.
Les béatitudes sont les dons du Saint-Esprit en action. Or, tout ce qui a été dit pour faire comprendre la beauté, l’enchaînement, la nécessité de ces éléments sanctificateurs et, par conséquent, béatificateurs de l’homme et de la création, ne nous semble pas suffire.
Aujourd’hui surtout, les vérités catholiques ne se connaissent bien, ne s’aiment et ne s’admirent, que lorsqu’elles prennent un corps palpable à nos mains, visible à nos yeux. Ainsi, rien ne fait mieux apprécier la charité catholique, dans le monde entier, que la fille de saint Vincent de Paul.
Il en est de même des dons du Saint-Esprit et des béatitudes. C’est pourquoi nous allons les montrer vivant et agissant dans les chrétiens, en qui ils se personnifient.
Afin qu’il soit bien démontré que l’Esprit du cénacle continue d’être avec l’Église, nous choisirons nos exemples dans les annales contemporaines du catholicisme. Une exception sera faite en faveur de saint François d’Assise, dont la vie devrait être le manuel de notre époque.
Le premier don du Saint-Esprit se traduit par la première béatitude, et donne lieu à des actes admirables d’humilité, de regret et d’horreur du péché.
Un jour d’hiver, saint François d’Assise se rendait de Pérouse à Sainte-Marie des Anges, par un froid très rigoureux. Chemin faisant, il appelle frère Léon, son compagnon de voyage :
« Frère Léon, lui dit-il, chère petite brebis du bon Dieu, si les frères mineurs parlaient la langue des anges, s’ils connaissaient le cours des astres, la vertu des plantes, les secrets de la terre et la nature des oiseaux, des poissons, des hommes et de tous les animaux, des arbres, des pierres et de l’eau, fais bien attention que là n’est pas la joie parfaite.»
Et un peu plus loin : « O frère Léon, quand les frères mineurs convertiraient, par leurs prédications, tous les peuples infidèles, fais bien attention que là n’est pas la joie parfaite. » Et il continua à parler ainsi l’espace de plusieurs milles.
Enfin frère Léon, étonné, lui demanda :« O Père, je vous en prie au nom de Dieu, dites-moi en quoi consiste la joie parfaite. » Saint François répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie des Anges, bien mouillés, bien crottés, transis de froid, mourant de faim, et que, frappant à la porte, le portier nous dira :
«Qui êtes-vous ? » Nous répondrons : « Nous sommes deux de vos frères. « Vous mentez, dira-t-il, vous êtes deux vagabonds qui courez le monde et enlevez les aumônes aux véritables pauvres ; partez d’ici.»