Méditation avec Le Traité du Saint-Esprit de Mgr J.Joseph Gaume : 21 octobre 2026
CHAPITRE XXXV.
(SUITE DU PRÉCÉDENT).
Un père Jésuite, missionnaire en Chine, qui avait quelques connaissances nautiques, vint s’offrir pour pilote dans cette défection générale. On parvint à trouver une petite jonque païenne et quelques rameurs.
Pour protéger autant que possible la petite expédition, le consul de France, à Chang-Haï, remit au père Hélot, établi commandant de la flotte, une commission d’aller visiter les débris du naufrage d’un navire français, échoué sur les côtes de Corée. Tout étant ainsi organisé, la petite jonque leva son ancre de bois, déploya ses voiles de paille et cingla sur la mer Jaune, vers l’île inconnue du camp français.
A peine avait-elle pris le large qu’il s’éleva soudain une furieuse tempête. Satan l’avait soulevée pour déjouer la sainte entreprise. Longtemps la barque lutta contre les flots qui, avec un affreux mugissement, s’amoncelaient devant elle pour lui barrer le passage et l’engloutir. Après d’inutiles efforts, il fallut virer de bord et aller chercher un abri derrière une île voisine.
Loin d’abattre le courage des deux missionnaires, devenus pilotes, ce fâcheux contretemps ne servit qu’à l’augmenter. Quarante-huit heures après, le frêle esquif remit à la voile. Déjà le rivage avait disparu et il était prudent de s’assurer de la direction à tenir.
On interrogea les instruments qui ne donnèrent pas de réponse certaine. Huit jours s’étaient écoulés, et rien encore sur l’horizon n’était venu réjouir les regards inquiets des intrépides nautoniers. Enfin, le neuvième jour, on se trouva devant un petit groupe d’îles, vers lequel on dirigea joyeusement la barque. Les missionnaires descendirent au village bâti sur la côte, pour prendre langue avec les habitants.
Tout à coup voilà le mandarin du lieu qui arrive, lui aussi, pour faire aux étrangers des questions embarrassantes ; on lui donne rendez-vous à bord. Le père Hélot, qui cumule la fonction de pilote, de capitaine et de chargé d’affaires, s’empresse de prendre la parole le premier et de présenter ses lettres au mandarin, en le priant de lui indiquer le lieu du naufrage. Le rusé magistrat refuse de répondre. On lui dit de partir et, à peine a-t-il tourné le dos, qu’on remet à la voile. Quelques heures de séjour auraient tout compromis.
Après une navigation au milieu de dangers de toute espèce, on découvrit le point désiré du débarquement. Lorsque la nuit fut venue, M. Maistre revêtit à la hâte son pauvre costume coréen, au milieu du religieux étonnement des gens de l’équipage ; après quoi il descendit avec son vieux guide dans un petit canot, ayant un bambou pour mât et une natte pour voile.
Portant sur son dos un petit paquet des choses les plus nécessaires, l’intrépide missionnaire se mit à gravir le sentier escarpé des montagnes derrière lesquelles il disparut bientôt, pour aller, au péril de sa vie, se dévouer aux dangers imminents de l’apostolat. (Annales, n. 148, p. 233 et suiv., an. 1853. - M. Maistre est devenu un des illustres martyrs de Corée).