Méditation avec Le Traité du Saint-Esprit de Mgr J.Joseph Gaume : 10 octobre 2026
CHAPITRE XXXV.
(SUITE DU PRÉCÉDENT).
Le même Esprit de crainte qui inspire le regret du péché en inspire l’horreur. En 1841, un mandarin fait arrêter plusieurs chrétiennes et les presse d’apostasier. A la fermeté de leur réponse, il comprend l’impossibilité de réussir. Les enchaîner toutes, c’était faire plus de bruit et de victimes qu’il n’en voulait.
Dans son dépit, il se borne à décrire avec un bâton un cercle, autour d’une jeune fille qui était à genoux devant lui, car c’est l’usage en Chine de se tenir à genoux devant le juge qui vous interroge. « Si tu sors de ce cercle, lui dit-il, ce sera une preuve que tu as apostasié. » Et il partit.
Après lui, chacun se retira du prétoire, excepté la jeune fille, que la crainte d’abjurer sa foi retenait à genoux, immobile dans l’étroit espace où la verge du mandarin venait de l’enfermer.
Le secrétaire de ce magistrat, curieux de savoir quel parti aurait pris l’innocente captive, revint sur ses pas, et, la trouvant encore à la même place, dans la même attitude, il l’invita à se lever et à sortir. « Non, répondit-elle, je mourrai plutôt que de faire un pas. - Ce n’est pas sérieusement que le mandarin a parlé.
- N’importe, j’ai entendu ses paroles et je ne connais pas ses intentions. » Le secrétaire insista longtemps sans obtenir d’autre réponse. Alors, il effaça lui-même le cercle que son maître avait tracé et en tira la jeune fille. (Annales de la Propag. de la Foi, n. 83, p. 304. Voir aussi le trait de saint Basile, Godescard, 14 juin.
Citons un dernier trait qui nous montrera l’Esprit de crainte de Dieu et l’Esprit contraire, se disputant une âme dans une lutte terrible. Dans le cours de l’année 1840, le gouverneur du Tong-kin, nommé Trinh-Quanti Kanh, fit arrêter un catéchiste nommé Toan, âgé de soixante-quatorze ans.
Livré à d’affreux supplices, le malheureux vieillard eut la faiblesse d’apostasier. Quelques jours après, le gouverneur le fait ramener au prétoire avec quelques autres renégats et leur dit à tous : «Puisque vous avez entendu raison, le roi vous pardonne et moi aussi. - Que les autres te remercient, répond le vieillard repentant ; pour moi, je déplore ma faute et je reste en prison pour l’expier. »
A ces paroles, le mandarin, transporté de colère, vomit contre lui mille injures, qu’il fait accompagner d’une rude bastonnade. Comme la fermeté du martyr n’en paraît pas ébranlée, il ordonne aux soldats de l’enfermer dans un cloaque affreux et de le décider, n’importe par quels moyens, à revenir sur sa rétractation.
Deux jours après, il le rappelle à son tribunal. « Maintenant, lui dit-il, es-tu disposé à fouler aux pieds la croix ? - Non, mandarin, c’est déjà trop d’avoir une seule fois outragé mon Dieu.
- Écoute, tu méprises mes ordres ; peut-être goûteras-tu mieux les conseils de ceux qui ont partagé tes erreurs, je t’abandonne à leur zèle. S’ils te ramènent à de meilleurs sentiments, je leur ferai grâce ainsi qu’à toi ; sinon, vous monterez tous à l’échafaud. »